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Ici et maintenant - Cueille le jour



Voici l'histoire de Prenna James, une jeune fille de dix-sept ans qui a immigré à New York avec sa mère. Mais Prenna ne vient pas d'un autre pays. Elle vient d'une autre époque. Un futur où la vie est devenue impossible, ravagée par une pandémie tuant des millions de gens et laissant le monde en ruines… Prenna et ceux qui ont fui avec elle jusqu'au temps présent doivent se fondre dans la société actuelle en suivant des règles strictes : ne jamais révéler d'où ils viennent, ne jamais interférer dans le cours de l'Histoire et ne jamais, au grand jamais, développer de relations intimes avec quiconque en dehors de la communauté. Mais tout bascule lorsqu'elle tombe amoureuse d'Ethan Jarves. 

Ce résumé ne donne pas très envie. On sent l'histoire maintes fois répétées d'une jeune fille amoureuse d'un garçon qu'il lui est impossible d'aimer sous peine de graves dangers. Mais elle l'aime. Mais ils bravent l'interdit. Point final. 

Ce n'est pas ce que j'ai ressenti en commençant le livre. Je rentrais de voyage quand j'ai découvert sur mon bureau un paquet estampillé Gallimard Jeunesse, que je remercie grandement de leur envoi ! Car ces éditions fantastiques m'ont envoyé non seulement les épreuves non corrigées mais aussi le livre final ! Ma valise était pleine, il était dix heures du soir, j'étais crevée mais j'ai quand même commencé le bouquin parce qu'il me disait bien - non, ce n'est pas paradoxal! - Je l'avais repéré sur le programme Mai-Juin-Juillet de Gallimard Jeunesse et l'idée d'une pandémie à l'origine de cette fuite contrainte formait une trame originale et notable. J'ai donc entamé ce Brashares avec curiosité. Et j'ai très vite reposé ce bouquin - mais pas pour les raisons que vous croyez ! J'ai flairé tout de suite le roman génial, celui qu'il est impossible de lâcher et qui se dévore jusqu'à trois heures du matin - avec une valise à ranger, je devais remettre ma lecture à plus tard. Plus tard ? Un quart d'heure après je replongeai dedans. Sans surprise, je l'ai reposé à deux heures quarante du matin. Mais il m'a fallu deux lectures pour faire cette chronique et la première m'a plus plu que la seconde. 

Mention spéciale pour le livre-objet. Joli packaging, vous ne trouvez pas ?

Une particularité de ce bouquin est qu'Ann Brashares commence par narrer l'histoire du point de vue d'Ethan, oh pas bien longtemps, le temps d'un simple chapitre, avant de donner la parole à Prenna jusqu'à la dernière page. C'est intéressant même si je préfère le point de vue de la jeune fille, qui nous en apprend plus sur la pandémie et l'intégration difficile au monde actuel. La plume de Brashares retranscrit extrêmement bien les pensées adolescentes, comme elle l'avait prouvé dans Quatre filles et un jean. C'est fluide, c'est authentique, c'est tantôt drôle tantôt tragique, et on n'a pas besoin de descriptions minutieuses pour s'imaginer aux côtés des protagonistes ni de longues phrases pour nous faire sourire ou nous émouvoir. C'est vraiment un point fort pour s'immerger dans le récit : une bonne plume, qui se lit avec confiance et plaisir. 

Côté personnages j'ai eu l'agréable surprise de ne pas trouver de triangle amoureux : il existe encore des romans sentimentaux où les personnages n'ont pas le coeur qui balance entre vampire et loup-garou entre deux jeunes gens ! Par contre, rien d'original dans le couple Prenna-Ethan, très prévisible. Mais Prenna est intéressante par ses réflexions et ses pensées et Ethan est très touchant par son amour sincère et son côté timide et assuré à la fois. Ces deux jeunes un peu maladroits ne m'ont pas spécialement marquée mais j'ai passé un bon moment avec eux. J'ai un seul regret mais il vous spoilerait un véritable coup de théâtre, alors je me contenterai de paroles sybillines : j'aurais aimé qu'un personnage reste plus longtemps, pour qu'on puisse mieux s'y attacher. Il était très intéressant et j'aurais aimé en apprendre plus sur lui. Voilà, si vous lisez le livre vous saurez de qui je parle ! 

On entre dans le vif du sujet : le roman gravite autour de deux thèmes, cette romance impossible et une pandémie meurtrière qui a forcé les habitants futurs à fuir leur époque. C'est le point fort du récit, sa note originale. Le fléau ne vient pas directement des hommes, et pourtant, on comprend que si les moustiques transmettent la maladie, c'est l'Homme qui est à l'origine de celle-ci, par son comportement irrespectueux et sa soif intarissable d'énergie. 


Et ça, c'est le message du roman - j'ai tendance à en chercher dans toutes mes lectures en ce moment ! -  Je l'ai trouvé fort. 
Dans son apostrophe aux lecteurs - présente uniquement sur les épreuves non corrigées. Vous voulez que je le recopie ? - , Ann Brashares voulait qu'elle et nous soyons connectés. Et j'ai eu le sentiment fort que dans certains passages, Ann parlait directement. Ce n'était plus ses personnages, c'était vraiment elle qui s'adressait à nous. Ce roman nous fait prendre conscience d'une manière différente que la Terre repose sur un équilibre fragile et que chaque petit geste que nous faisons, chacun de notre côté, a un réel impact. Oui, ça ne change pas beaucoup des discours que nous entendons. Dans ce cas, pourquoi ce message est-il si fort ? Parce que Brashares nous montre l'après

C'est ça, la force du roman : il nous met en garde en nous montrant comment les choses pourraient évoluer. Vous me direz que c'est déjà le cas de dizaines de chansons, poèmes, livres et communiqués officiels et c'est vrai. Mais ce bouquin fait 314 pages et on a le temps de penser, de passer par toute une gamme d'émotions, de s'attacher aux personnages, d'en apprendre plus sur un hypothétique futur, et ce par les yeux d'une personne qui ne connaît pas notre époque, qui s'émerveille de pouvoir manger une mangue juteuse ou de se promener à l'air frais sans danger, tout en critiquant notre inconscience, notre société de consommation insatiable et notre incapacité à vivre le moment présent. Et tout ceci, on le lit on se le prend vraiment en pleine face dans des lettres de Prenna à son jeune frère Julius. Ce sont ces passages d'une page à peine qui m'ont le plus émue et le plus marquée. 


C'est vrai que hors contexte, en les lisant comme ça, ces lettres semblent jouer la carte du mélo. Mais ce n'est pas ce que dégage le livre. Non, on sent plutôt une sorte de joie, d'urgence aussi, et même si j'ai tendance à rendre tout ça très emphatique je pense que ce bouquin a vraiment quelque chose. L'idée d'un personnage extérieur n'est pas nouvelle, on le retrouve déjà dans Micromégas de Voltaire - ça sent encore l'oral de français ! - et pourtant ce thème n'est pas éculé. 

Pour finir, je dirais que si les personnages ne sont pas l'élément marquant de Ici et Maintenant, le dernier Brashares est porté par la plume spontanée de son auteur et par un message fort et actuel. Ce livre a frôlé le coup de coeur. Une bonne découverte !
                                        


Ici et Maintenant est un roman écrit par Ann Brashares et a été publié le 8 Avril 2014 par les éditions Delacorte Press sous le titre The Here and Now. Il fait 242 pages en langue anglaise et 314 en langue française. Le roman a été traduit en français par Vanessa Rubio-Barreau est est paru aux éditions Gallimard Jeunesse le 4 Juin 2014. Il coûte 16,50 euros.


Ann Brashares a grandi aux côtés de ses trois frères à Chevy Chase, dans le Maryland, avant d'étudier la philosophie au Barnard College, une branche de Columbia University à New York. Avant de continuer ses études de philosophie en école supérieure, Ann pris une année afin de travailler comme éditrice dans le but de mettre de l'argent de côté pour son école. Mais l'amour de son travail pris le dessus et elle n'étudia pas en école supérieure, restant à New York et travaillant de nombreuses années comme éditrice. Ann passa ensuite d'éditrice à auteur à plein temps grâce à sa première saga The Sisterhood of the Traveling Pants (Quatre filles et un jean). Ann et son mari vivent à New York avec leurs trois enfants. 
(Librement traduit du site Goodread)

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